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Vaginoplastie, injections gynécologiques : les dérives des injonctions sociétales

Impossible de commencer l’année scolaire sans un scandale croustillant comme on les aime. Cette fois, on doit la polémique du moment à la sulfureuse Maëva Ghennam, star du petit écran révélée dans diverses émissions de téléréalité.

Vendredi 3 septembre, la jeune femme fait une intervention remarquée en story Instagram, vantant les talents de son médecin et clamant haut et fort le bonheur que c’était de posséder “le même vagin qu’une fille de 12 ans”. On en parle ?

Les propos de celle qui réside désormais à Dubaï ont secoué internet. Plusieurs personnalités et créateurs de contenu ont alors pris les commandes de leurs réseaux sociaux afin de débriefer avec leurs communautés respectives.

Leur conclusion : Maëva Ghennam est une personne problématique à “cancel” absolument. Sans rentrer dans un raccourci aussi facile, parce qu’après tout, on fait tous des erreurs, le discours de la star du petit écran pose bel et bien problème, mais pourquoi ?

Comme la plupart des jeunes femmes de téléréalité, Maëva Ghennam est suivie par un public très jeune. C’est en partie pour cette raison que ses déclarations ont été vivement critiquées. Avec les années, les starlettes issues du milieu de la téléréalité sont devenues de véritables modèles pour certaines jeunes femmes et adolescentes -on l’a notamment vu avec Nabilla.

Ainsi, celles qui consomment le contenu publié par Maëva et les autres sur les réseaux sociaux les prennent pour exemple et, quand elles le peuvent, vont même jusqu’à les imiter (vêtements, médecine esthétique, centres d’intérêts, etc).

De ce fait, parler d’interventions visant à se “rajeunir” la vulve peut non seulement pousser certaines à en faire autant mais également déclencher des complexes chez celles qui ont l’impression de ne pas correspondre aux standards de beauté. Comme beaucoup de femmes, la jeune marseillaise s’est construite avec l’idée que la vulve parfaite devait correspondre à des critères bien précis.

Or, il suffit de faire un tour sur la page The Vulva Gallery pour se rendre compte du contraire. Si, quand les femmes sont représentées nues au cinéma ou dans le milieu de la pornographie, elles arborent bien souvent des sexes dépourvus de poils et aux lèvres parfaitement symétriques, il existe en réalité une diversité infinie de vulves… comme il existe d’ailleurs une diversité infinie de corps.

Pourtant Maëva et ses comparses-clones passent leur temps à sous-entendre le contraire. Elles ont recours aux mêmes opérations de chirurgie esthétique, ont la même coupe de cheveux, s’habillent de la même manière… et celles qui ont l’audace de ne pas correspondre au modèle sont bien souvent considérées comme de vilains petits canards (dans les émissions de le téléréalité en tout cas).

Par chance, il y a quelques années a émergé le mouvement du ‘body positive’ au sein duquel tous les corps sont représentés et mis en valeur. Et ça, on a-dore !

Et si la vulve est une partie du corps un peu trop intime pour être prise en photo et postée telle quelle sur les réseaux, on peut passer par des moyens détournés pour faire comprendre aux internautes que tous les sexes féminins sont beaux (et c’est ce que fait judicieusement le compte Instagram cité plus haut).

Il semble un peu facile mais surtout dangereux de la part d’une influenceuse telle que Maëva Ghennam de prôner des diktats esthétiques aussi aberrants que la vaginoplastie, bien que cette dernière puisse s’avérer utile pour aider des patientes réellement complexées ou ayant subit des opérations chirurgicales à la suite d’une maladie ou d’un traitement.

Aujourd’hui on remarque, avec l’apologie des réseaux sociaux et des influenceurs en tout genre, qu’une course à l’esthétisme est en marche et que c’est à l’influenceur avec le code promotionnel le plus intéressant de briller.

Pour rappel, les pratiques chirurgicales peuvent être douloureuses et souvent incommodantes auprès des patient.e.s. La vaginoplastie en l'occurrence, est une opération chirurgicale qui consiste à rétrécir l’orifice du vagin dans le but de régler ou d’éviter des problèmes d’incontinence ou d’offrir plus de sensations aux femmes lors d’un rapport.

Prôner donc une opération pour ses “bienfaits” esthétiques sans parler du rétablissement ou des potentielles conséquences suivant la personne relève presque de l’arnaque. Le monde de l’influence ouvre aujourd’hui des portes (en l'occurrence celles de la chirurgie esthétique) qui semblaient, par le passé, réservées à une certaine classe sociale sans pour autant prévenir des risques encourus par les personnes et des potentielles arnaques, nombreuses dans le domaine. Au-delà de tout ce marketing de l’esthétique, les propos de Maëva Ghennam posent un sérieux problème humain.

Comment peut-on décemment prôner l’idée d’avoir la vulve (et non le vagin), d’une enfant de 12 ans ? Si bien évidemment les propos choquent, ils soulèvent aussi et surtout une question de sexualisation des corps dès l’enfance ou le début de l’adolescence. Une personne malheureusement aussi influente vient glisser une idée dans la tête de milliers de personnes selon laquelle la norme serait d’avoir une vulve lisse, sans lèvre apparente, bref la vulve d’une actrice porno comme expliqué plus haut. Une idée qui vient consolider ce que l’industrie pornographique prône : des sexes beaux, grands pour les hommes et des vulves tirées au cordeau pour les femmes. Le petit plus étant bien évidemment d’avoir un vagin serré et aucun poil apparent pour ne pas dégoûter les personnes en face. Cette story de l’influenceuse s’ajoute tout simplement à une pression déjà existante mais qui révèle bien les dérives sociétales et cette course à toujours plus de beau. Mais à quel prix ?


L’idée ici est de se questionner sur les raisons qui motivent ou obligent les femmes à se rapprocher d’un “idéal” de jeunesse, beaucoup trop jeune d’ailleurs. Selon une étude parue en 2017 de la Société Internationale de Chirurgie Esthétique, les interventions de vaginoplastie se sont développées 23% plus vite que l’année 2016.

Ce type d’opération dépasse le lifting du bas du corps, le lifting fessier et la rhinoplastie. Aujourd’hui une femme subit une opération comme une vaginoplastie ou une nymphoplastie (raccourcissement des lèvres) dans un but esthétique et non dans un but pratique. Et comme bien souvent, la demande génère de l’offre.

Aux États-Unis et plus largement dans le monde anglo-saxon, de nombreux ‘vulva spa’ et autres ‘vagina center’ connaissent un succès fou.


Dans cette étude (https://www.cairn.info/revue-recherches-en-psychanalyse-2014-1-page-27.htm, un chirurgien australien témoigne : “Beaucoup de femmes ramènent un magazine Playboy, me montrent des photos et disent ‘Je veux ressembler à ça’“.


Comme chez le coiffeur lorsqu’une nouvelle coupe et une couleur nous tente, de nombreuses femmes n’hésitent pas à montrer précisément ce à quoi elles souhaitent ressembler sous couvert bien souvent d’une gêne.



Les propos tenus par Maëva Ghennam en story sur ses réseaux sociaux rappellent la représentation moderne d’une vulve à savoir que celle-ci est obligatoirement laide.

Derrière cet esthétisme vulvaire moderne, rappelons que les différences sont belles et qu’une opération doit rester une décision propre à chacun.


Article écrit par Fiona Gentilleau & Elodie Gros-Desir

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