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KASBAH & CHILL : Sound of Metal


Cette semaine, on a envie de faire une mention spéciale pour le film Sound of Metal de Darius Marder, mais surtout pour son interprète, Riz Ahmed, étonnamment ”pas si” connu au bataillon.


Le film retrace l’histoire de Ruben, batteur passionné d’un groupe de metal rock qui, du jour au lendemain, perd ses capacités auditives.


La surdité est le sujet principal du film, mais c’est surtout le voyage initiatique de Ruben qui retient notre attention et permet de créer de l’empathie avec le spectateur. Car la différence avec beaucoup de films qui traitent du même sujet (de manière générale), c’est que nous suivons le parcours de quelqu’un qui nous ressemble et que nous comprenons. Nous le comprenons parce qu’il n’est pas né sourd, il l’est devenu.


Donc, toutes les étapes de réadaptation, de réinsertion dans la vie quotidienne, de rejet de sa condition, nous les vivons/subissons avec Ruben.

Le film est maître dans l’art des non-dits, pas dans le sens où il le film ne nous dit rien, mais plutôt dans celui où Ruben ne peut pas le faire.

Il doit apprendre à communiquer autrement et je pense que le terme le plus révélateur pour décrire le sentiment de Ruben le long du film est la frustration.


Sans forcément pallier au thème de la surdité, il y a quand même une place importante accordée aux émotions du personnage. Ancien batteur, donc amoureux de la musique, Ruben est désemparé par sa nouvelle condition. Tout ce qu’il a construit et tout ce qu’il est, en fait, lui provient de la musique. Sa force, son exutoire lui provenait de la musique. Il doit maintenant puiser son énergie ailleurs ou autrement. L’impression que son seul talent tourne autour de ce qu’il a perdu de plus cher pousse l’ironie à son paroxysme.

Après être institutionnalisé dans un centre d’aide à la réinsertion des sourds et muets, Ruben se rend compte qu’il ne souhaite pas accepter sa condition. Ce qui est un sentiment tout à fait normal, d’autant plus lorsque les systèmes médicaux de nos jours permettent d’entretenir une forme d’espoir. Lorsqu’on vous dit “laissez passer, vous finirez par vous habituer” à une ère où il est potentiellement possible de se faire soigner par des moyens technologiques appliqués, il paraît évident que l’intégration au centre pour Ruben se fera difficile. Surtout que c’est contre son gré qu’il y est placé, que c’est sa copine, dont il est éperdument amoureux et membre de son groupe au passage, qui le pousse à prendre cette décision. Que faire lorsqu’on se retrouve dans une telle situation ? Pas le choix, on l'embrasse. On apprend à penser différemment.


Ruben est donc propulsé dans un monde qui le dépasse. Tout le monde dans le centre échange en langue des signes, il ne comprend rien. Il ne peut pas, il ne veut pas.

S’en est vraiment viscéral de le voir vivre une telle situation dans une telle impuissance.



Ce qui est pas mal, dans le film, c’est que les décisions de Ruben, loin d’être parfaites, sont aussi très représentatives d’une jeunesse aveugle. Une foi aveugle en la technologie et à la science. Ruben s’est persuadé pendant tout le film qu’il pouvait être soigné s’il amassait assez d’argent pour pouvoir se faire opérer. Une nouvelle possibilité s’offre à lui. Un nouveau message d’espoir.

Mais est-ce le bon ? Ruben ne ressent pas le soulagement qu’il croyait devoir ressentir mais ressent autre chose.

Et, c’est la beauté du propos : le film fait un focus intéressant entre entendre et écouter, révélant également que le son peut être synonyme de bruit. Saccadé. Brouillé. Srident. Tandis que le silence peut se transformer en mélodie. En vie et en l’impression d’être en vie.


Sans prétention, une introspection poignante, puisée par notre fétiche Riz Ahmed aux yeux de biches, qui nous donne une interprétation pleine de sincérité.



Pour voir la bande annonce :


Article écrit par Inès Baalouche

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